Vins & vignobles

Fermentation du vin : température, durée et rôle des levures

Aurélie Garnier 9 min de lecture
Fermentation vin : thermomètre et levures pour la vinification
Fermentation du vin : température, durée et rôle des levures

La fermentation du vin transforme le jus de raisin en boisson alcoolisée. Les levures consomment les sucres du moût et produisent de l’alcool, du gaz carbonique et de la chaleur. Cette étape influence les arômes, la texture, l’acidité et la stabilité de la cuvée. Sa réussite dépend notamment de la température, de la qualité du moût et du suivi réalisé au chai.

Le principe : des levures qui transforment le moût

Après la vendange, le raisin est foulé ou pressé selon le style de vin recherché. Le jus obtenu, appelé moût, contient de l’eau, des sucres, des acides et des composés aromatiques. Les levures naturellement présentes sur la peau des raisins et dans le chai peuvent commencer la fermentation. Le vigneron peut aussi ajouter des levures sélectionnées lors du levurage.

Quiz : comprendre la fermentation du vin

Testez vos connaissances sur les étapes et le suivi de la fermentation du vin.

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1. Quel est le rôle principal des levures pendant la fermentation alcoolique ?

Bonne réponse : les levures consomment les sucres et produisent notamment de l’éthanol et du dioxyde de carbone.

2. Quels sont les principaux produits de la fermentation alcoolique ?

Bonne réponse : la fermentation alcoolique produit principalement de l’éthanol et du dioxyde de carbone à partir des sucres.

3. Quelle est la durée habituelle d’une fermentation alcoolique ?

Bonne réponse : sa durée est habituellement comprise entre quelques jours et quelques semaines, selon les conditions de fermentation.

4. Que montre généralement une baisse de la densité mesurée au densimètre ?

Bonne réponse : la densité diminue généralement à mesure que les levures consomment les sucres fermentescibles.

5. Quelle différence distingue la fermentation alcoolique de la fermentation malolactique ?

Bonne réponse : la fermentation alcoolique est réalisée par les levures ; la fermentation malolactique transforme ensuite l’acide malique en acide lactique.

6. Quelle situation peut provoquer une fermentation bloquée ?

Bonne réponse : une température inadaptée, un manque de nutriments ou d’autres conditions défavorables peuvent ralentir ou arrêter l’activité des levures.

La fermentation alcoolique repose principalement sur des levures comme Saccharomyces cerevisiae. Elles consomment le glucose et les autres sucres fermentescibles du moût, puis produisent de l’éthanol et du dioxyde de carbone. Cette réaction est exothermique, ce qui signifie qu’elle dégage de la chaleur. La température doit donc être surveillée pendant toute la phase active.

Le gaz carbonique explique le bouillonnement visible dans une cuve en fermentation. À mesure que les sucres diminuent, la densité du moût baisse. Le suivi au densimètre permet au vigneron de vérifier la progression de la fermentation et de repérer le moment où elle approche de son terme.

Une fermentation qui se pilote jour après jour

De l’implantation des levures à la phase active

Au début, les levures s’adaptent au milieu. Elles ont besoin d’un moût sain, d’une température adaptée et de nutriments suffisants, notamment d’azote. Elles passent ensuite dans une phase active : les sucres sont consommés rapidement, le dégagement de CO2 augmente et la température peut monter. Une fermentation alcoolique dure généralement 5 à 15 jours. Certains vins rouges peuvent toutefois demander jusqu’à 3 semaines.

Pour les vins rouges, la macération se déroule avec les pellicules et les pépins. Les matières solides remontent à la surface et forment un chapeau de marc. Le vigneron peut pratiquer le remontage : il prélève le jus au bas de la cuve, puis le fait couler sur le chapeau. Cette opération favorise les échanges, l’extraction de la couleur et des tanins, ainsi que l’apport d’oxygène utile au démarrage des levures. Le pigeage poursuit un objectif proche, mais consiste à enfoncer directement le chapeau de marc dans le jus.

Ce que révèle la couche supérieure de la cuve

Le chapeau de marc qui flotte au-dessus du jus met en contact le liquide, les matières solides et le gaz. S’il sèche, chauffe trop ou reste mal imbibé, l’extraction peut devenir irrégulière. Les levures sont aussi moins bien accompagnées. L’observation de sa texture, de son odeur et de son humidité apporte donc des indications complémentaires au contrôle de la densité. Le travail quotidien au chai permet ainsi de relier le suivi du moût à la future texture du vin.

Température et durée : des repères selon le style de vin

Une fermentation démarre difficilement sous 12 °C. Au-delà de ce seuil, la température dépend du type de vin et du résultat recherché. Une température plus basse préserve généralement la fraîcheur aromatique. Une température plus élevée accélère l’activité des levures et favorise certaines extractions. Les valeurs ci-dessous restent des repères, à adapter au cépage, à la maturité des raisins et au matériel disponible.

Référence OIV sur les activateurs de fermentation malolactique – Découvrez la définition officielle et les conditions d’emploi des activateurs ajoutés après la fermentation alcoolique pour faciliter la fermentation malolactique.

Type de vin Température de fermentation Durée indicative Effet recherché
Vin rouge 28 à 30 °C Environ 7 jours, jusqu’à 3 semaines selon la macération Couleur, structure et extraction des tanins
Vin blanc 18 à 20 °C, ou 12 à 14 °C pour une fermentation très fraîche 2 à 3 semaines Préservation des arômes et de la vivacité
Vin rosé 18 à 20 °C Variable selon le moût et le style Fruit, finesse et fraîcheur
Vin doux ou liquoreux 20 à 22 °C Variable selon le niveau de sucre résiduel visé Équilibre entre alcool, sucrosité et arômes

Les cuves en inox à double paroi facilitent la régulation thermique grâce à la circulation d’eau froide ou chaude. Le ruissellement et l’échangeur de température peuvent aussi être utilisés. Pour un rouge de garde, une macération autour de 25 à 28 °C peut être recherchée. Une chaleur excessive risque cependant de durcir les tanins, de faire apparaître des notes herbacées ou amères, voire de bloquer les levures. Pour un vin blanc, une température trop élevée peut réduire les arômes les plus délicats.

Fermentation alcoolique et malolactique : deux transformations différentes

La fermentation alcoolique est indispensable : elle transforme le jus de raisin en vin grâce à l’action des levures. La fermentation malolactique, souvent appelée FML, intervient ensuite dans de nombreuses vinifications. Elle ne fait pas intervenir les levures, mais des bactéries lactiques.

Ces bactéries transforment l’acide malique, naturellement présent dans le raisin et associé à une sensation vive, en acide lactique, plus souple en bouche. Le vin perd ainsi une partie de son mordant acide et gagne souvent en rondeur. Cette étape peut durer de 2 semaines à plusieurs mois, selon la température, l’acidité et les conditions du chai.

  • Fermentation alcoolique : les sucres du raisin sont transformés en alcool et en gaz carbonique.
  • Fermentation malolactique : l’acide malique est transformé en acide lactique, ce qui assouplit le profil gustatif et participe à la stabilité du vin.

La FML est fréquente pour les vins rouges, auxquels elle apporte de la souplesse. Elle n’est pas systématiquement recherchée pour les blancs ou les rosés. Lorsqu’un vigneron veut conserver une acidité tendue et des notes fraîches, il peut chercher à l’éviter. Le choix dépend donc du style de vin souhaité et des conditions de vinification.

Prévenir les blocages et comprendre la maîtrise moderne

Pourquoi une fermentation peut s’arrêter trop tôt

Une fermentation dite « bloquée » survient lorsque les levures cessent leur activité avant d’avoir consommé les sucres prévus. Une température trop basse les ralentit. À l’inverse, une montée de chaleur trop brutale peut les affaiblir. Un manque d’azote ou d’oxygène au démarrage, ainsi qu’un taux d’alcool déjà élevé, peuvent également rendre la fermentation lente ou incomplète.

Le suivi de la densité, de la température et de l’état sanitaire du moût aide à anticiper ces difficultés. Le vigneron peut alors ajuster la régulation thermique, l’aération ou l’apport de nutriments lorsque la situation le permet. La qualité du raisin à son arrivée au chai reste toutefois déterminante. Aucune intervention ne remplace un moût équilibré et sain.

D’un savoir empirique à une science du vivant

Les premières traces de vinification remontent à 10 000 ans avant notre ère. Pendant longtemps, la fermentation a été utilisée sans que son mécanisme soit compris. Le XVIIe siècle marque le début de l’étude scientifique de la transformation du sucre en alcool. La fermentation moderne se met ensuite en place au XVIIIe siècle. Les avancées du XXe siècle sur les agents microbiens ont permis de mieux contrôler les levures, les bactéries, les températures et les risques d’altération.

Cette histoire explique la diversité des pratiques actuelles. Certains producteurs privilégient une fermentation spontanée par les levures indigènes, pour laisser davantage s’exprimer le raisin et le lieu. D’autres choisissent des levures cultivées pour sécuriser la cinétique fermentaire et limiter les aléas. Dans les deux cas, la fermentation du vin repose sur l’observation du moût, des choix œnologiques précis et une maîtrise attentive des conditions de cuverie.

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